TERMES DE REFERENCE DU PREMIER CONGRES DES FEDERALISTES PANAFRICAINS

Rappel historique
Le premier État africain de l’Histoire, l’Empire antique pharaonique, a résulté de l’union de la Haute et de la Basse Égypte, le long de la vallée du Nil. C’est au cours des Temps modernes que les grands empires africains (Ghana, Zimbabwe, Mali, Songhay etc.) ont progressivement perdu leur souveraineté, face aux attaques almoravides et portugaises combinées. Considérablement affaiblis par la très longue saignée esclavagiste des traites négrières tant transatlantique et transsaharienne qu’à travers l’Océan Indien, les peuples africains n’ont pas été en mesure de résister efficacement à la conquête et à l’occupation coloniale européenne au 19ème siècle.  C’est ainsi que le “consensus impérial” issu de la Conférence de Berlin en 1885 va initier le démembrement et le partage de notre continent, qui perdure encore.

Cependant, toute oppression entraînant résistance, la vaillante et patiente lutte des peuples africains contre les différentes formes de la domination étrangère (traite, esclavage, colonialisme, ségrégation raciale, apartheid, etc.) va se cristalliser, à l’aube du 20ème siècle, en un mouvement organisé et cohérent : le Panafricanisme.  

De son Congrès constitutif de Londres (1900) à son Sixième Congrès à Dar es Salam (1974), en particulier dans l’entre-deux-guerres et surtout lors du Cinquième Congrès de Manchester (1945), le Mouvement panafricaniste va accomplir deux tâches historiques majeures :
Définir les orientations politiques, les objectifs et les moyens du combat anti-impérialiste et antiségrégationniste à mener tant en Afrique que dans sa Diaspora, pleinement conscients de leur communauté de destin
Créer un lien organique entre les dirigeants africains, américains et caribéens des luttes en cours à travers le monde.
Ce n’est certainement pas hasard si le fondateur de la République indépendante du Ghana, Kwame Nkrumah, (1957) fut également l’un des Secrétaires du Congrès de Manchester !

Toujours est-il qu’au lendemain de la Seconde mondiale et malgré une féroce répression, le déferlement des luttes de libération nationale et du mouvement des droits civiques va contraindre les puissances coloniales à s’engager dans un processus de décolonisation formelle. Celui-ci va aboutir, notamment après la victoire du “Non” au référendum gaulliste de 1958 en Guinée, à une cascade de proclamations d’indépendance, à partir de 1960. Tant et si bien que dans les années 1990, la chute des derniers bastions de l’apartheid en Namibie et en Afrique du Sud signait la fin d’une époque marquée, au début du 20ème siècle, par l’occupation étrangère de la quasi-totalité du continent, à l’exception de l’Éthiopie et du Libéria.

Le caractère inachevé de cette victoire des mouvements d’indépendance africains, dirigés, pour l’essentiel, par des Congrès Nationaux Africains (ANC) dans l’empire britannique et le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) dans l’empire français, (avec des insurrections armées dans les colonies portugaises, en Algérie, au Cameroun ou au Zimbabwe, entre autres) ne va toutefois pas tarder à apparaître.  En effet, ce qu’il est convenu d’appeler la période postcoloniale en Afrique a été marquée par une lutte implacable entre les dirigeants partisans de parachever l’émancipation totale de leurs peuples d’un côté, et ceux favorables au maintien d’une tutelle économique, militaire et diplomatique, de l’ancienne ou d’une nouvelle puissance coloniale sur leurs pays. Il n’est pas exagéré de dire que leur longévité au pouvoir est directement proportionnelle à leur degré d’allégeance aux maîtres du “monde libre” en ces temps de “guerre froide”…
En 1963, le Sommet constitutif de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) va révéler au grand jour cet antagonisme latent, lors de l’affrontement entre les Groupes dits de Casablanca et de Monrovia, respectivement réputés “radicaux” et “modérés”, sur la question de l’État fédéral continental. Soldé par un compromis boiteux qui renvoyait la réalisation de l’unité africaine aux calendes d’hypothétiques “cercles concentriques”, il sanctionna en fait le second échec majeur des fédéralistes panafricains, le premier étant la perte de la bataille de la territorialisation, à la veille des indépendances. L’OUA s’étant montrée incapable de faire respecter son propre principe fondateur, à savoir “l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation”, comme en témoignent, par exemple, la sécession de l’Érythrée et la partition du Soudan, son principal mérite aura été l’œuvre du Comité de Libération qui a soutenu de façon conséquente les résistances armées, notamment anti- portugaises, qui finiront par abattre la dictature fasciste à Lisbonne même, ainsi que les régimes minoritaires racistes d’Afrique australe.

Pour l’essentiel et hormis quelques enclaves insulaires résiduelles,  (Canaries, Ceuta et Melilla, Mayotte etc.), le processus de décolonisation formelle du continent a pu être mené à bien par l’OUA.

Par contre, dans le domaine économique, en dépit de l’adoption par le Sommet des chefs d’État de 1980 du Plan d’Action de Lagos, qui tirait les bonnes leçons de près de deux décennies de mal développement, c’est son exact contraire qui sera mis en œuvre, dans le cadre des “programmes d’ajustement structurel” définis par les institutions dites de Bretton Woods !

Au consensus colonial de Berlin est donc venu se substituer le “consensus de Washington” qui, sous des appellations diverses, reste toujours en vigueur, malgré ses échecs retentissants…
Enfin, au tournant du siècle et du millénaire, il faut bien admettre que la mutation de l’OUA en Union Africaine (UA), d’ailleurs calquée sur le modèle européen, a largement déçu les attentes populaires d’une transformation de l’ancien organisme intergouvernemental assimilé à un “syndicat de chefs d’État” en un embryon d’organisation collective de l’unité politique, économique et militaire du continent. C’est à ce titre qu’il s’agit effectivement d’une ultime victoire des adversaires du fédéralisme panafricain.

Contexte actuel du 21ème siècle

Aujourd’hui, quelques constats préliminaires s’imposent :

D’abord, après plus d’un demi-siècle d’indépendance formelle mais sans souveraineté réelle, l’échec du Sommet de l’UA à Accra (2007) sur la question des États-Unis d’Afrique, atteste de l’urgente nécessité de changer d’approche, voire de stratégie ;

Ensuite, au vu de la multiplication des conflits armés à travers le continent, qui souvent servent de prétextes à des interventions ou interférences étrangères, avec ou sans mandat des Nations Unies, les questions relatives à la paix civile et à la sécurité intérieure et extérieure de l’ensemble du continent et de ses habitants ainsi que de sa diaspora deviennent une sur-priorité ;

La généralisation de la pauvreté et l’aggravation des inégalités, provoquant misère et violence, ignorance et maladies avec une surmortalité prématurée, surtout parmi les femmes et les jeunes qui constituent la grande majorité, sont autant de faits qui imposent une révision urgente et radicale d’un système économique  international qui s’enlise dans une crise structurelle permanente ;

Enfin, la vieille thèse selon laquelle “qui tient l’Afrique tient le monde” est étayée par l’intensification du pillage tous azimuts des ressources humaines, naturelles et culturelles du continent, à commencer par l’accaparement des terres et le contrôle étranger des richesses minérales non renouvelables, sans compter la saignée financière en rapport avec le paiement de la dette publique ou la fraude et l’évasion fiscales.

Bref, il résulte de tout ce qui précède que c’est à juste titre que les masses populaires africaines du continent comme de la diaspora protestent et se révoltent contre le désordre établi et les multiples injustices qui l’accompagnent.

La série de soulèvements populaires dirigés contre la mauvaise gouvernance des minorités dirigeantes témoigne de la non viabilité à terme du système actuel, qui fonctionne au profit de l’étranger principalement, alors qu’il est mortifère pour la plupart des Africains et personnes d’ascendance africaine directe.

Cheikh Anta Diop avait sans doute raison lorsqu’il affirmait que “même l’égoïsme lucide devrait nous pousser vers l’option fédérale”, ajoutant que “puisque c’est au nom du réalisme que l’on a conduit l’Afrique dans son état actuel, n’est-il pas grand temps de devenir utopiste? ” C’était au début des années 1980…
Hors la fédération panafricaine,  point de salut pour les Africains et  leurs descendants.     

Vision

Notre vision est celle d’une Afrique nouvelle unifiée, pacifique, libre, démocratique et prospère,  occupant sa juste place au sein de la communauté des peuples et du concert des nations.

Mission

Créer les conditions de la renaissance et du développement victorieux d’un vaste mouvement fédéraliste panafricain, capable de mobiliser tous les peuples africains et d’ascendance africaine directe, à travers toutes associations (partis politiques, syndicats professionnels, société civile, ONG etc.) et/ou personnalités indépendantes, qui adhèrent au projet fédéraliste et sont, par conséquent, disposées à contribuer à la construction patriotique et démocratique des États Africains Unis (EAUs).

Objectifs

L’Objectif de cet Appel  est de tenir le premier Congrès Fédéraliste Pan Africain  dans des délais non prohibitifs allant de 2 à 3 ans. Le but principal de ce Congrès est d’accélérer le processus de naissance des EAUs, par l’organisation dans chaque pays africain d’un référendum invitant les citoyens à voter pour ou contre l’adhésion à la Fédération de leur Etat.

 Il s’agit donc de lancer une campagne pour la création des EAUs dans moins d’une génération, à travers un puissant mouvement de la base vers le sommet, qui permettra aux peuples africains et d’ascendance africaine directe, détenteurs légitimes de la souveraineté d’État, de s’exprimer clairement sur le mode d’union qu’ils veulent promouvoir.

En offrant l’opportunité aux fédéralistes africains du continent et de la diaspora de se rencontrer, se connaître et se pratiquer, il devient possible de tisser une toile fédéraliste sur tout le continent et à travers la diaspora africaine.

De tels échanges pourraient aussi favoriser l’apport de réponses pertinentes aux diverses interrogations et doutes des partisans tièdes ou sceptiques de l’option fédéraliste, quant à sa faisabilité et sa viabilité en particulier.  

Enfin, des délibérations du Congrès, devrait résulter  l’élaboration d’un plan d’action destiné en priorité à toute organisation ou personnalité résolument engagée dans la mise en œuvre de l’option fédéraliste.

Ce guide pour l’action permettra de :

    Définir la stratégie de campagne pour la création des EAUs dans moins d’une génération ;

    D’identifier les principaux obstacles à l’unification politique, économique et militaire de l’Afrique et les moyens de les surmonter ;

    D’élaborer la stratégie de communication sur la base d’un plaidoyer fédéraliste susceptible de rallier les masses africaines et d’ascendance africaine les plus larges ;

    Mettre sur pied un directoire de campagne performant  pour les référenda pour le choix de la forme d’union par les peuples africains
Conclusion

Le PCFPA est un rassemblement de militants politiques et citoyens(e) africains (e)   acquis à la cause fédéraliste panafricaine.  Son succès se mesurera à l’aune de  la faisabilité du plan d’action pour la naissance des Etats Africains Unis (EAUs) dans moins d’une génération. Tout Africain acquis à la cause de l’achèvement de la libération des Etats Africains du joug étranger grâce à l’unification fédérale, devra en faire son affaire et  s’investir individuellement et collectivement pour sa réalisation.